Un festival strié d’axes multiples

Alors que le festival est terminé, quelques impressions fortes se dégagent de cette 62e édition. La première relève semblerait être un paradoxe. D’un côté, la diversité de la programmation. Les projets, les hypothèses ou les intuitions des spectacles présentés surprennent par leurs diversités, parfois leurs divergences. Ni constellation autour des univers esthétiques de Castellucci ou de Dréville, ni thématiques structurantes et attendues – comme pourrait l’être les pratiques pluridisciplinaires, le théâtre des pays de l’Est ou je ne sais. D’un autre côté, la cohérence de cette diversité surprend, les liens multiples qui rattachent des spectacles à d’autres, la mise en valeur des spectacles entre eux, à travers leurs similitudes autant que leurs divergences. Autant Inferno peut être relu mentalement devant l’Hamlet présenté dans le même lieu, autant ce dernier reprend, sans s’y superposer pour autant, Empire des Superama ou les Tragédies Romaines, notamment sur le rapport entre historique, médiatique et politique ; Ordet répond, d’une certaine façon, à Je tremble, sur le statut de la parole, mais aussi au Claudel du Partage de midi ; Secret n’est pas sans rapport avec Ricercar dans le rapport au public, mais aussi avec Benjamin Verdonck, Jan Fabre ou même Le Partage de midi, en particulier sur l’acteur dans ou comme théâtre. 

Cette année particulièrement, peut-être, les propositions théâtrales – à l’image des créations de Castellucci, du Radeau qui n’était jamais venu en Avignon, ou Guy Cassiers… pour ne citer que les plus attendues – semblent particulièrement fortes, assumées et assurées. On peut contester des choix esthétiques ou idéologiques, avoir d’autres attentes vis à vis du théâtre, peut-être, force est de constater la vitalité et la rigueur des engagements et des propositions. Au point que le festival finit par être passionnant autant par sa façon de mêler artistes confirmés de la scène européenne que jeunes artistes moins repérés – les créations de Philippe Quesne ou de Benjamin Verdonck ont rencontrés ici, avec un vif succès, un public plus large que celui qui les connaissait habituellement – que par le rassemblement dans un même lieu de créations théâtrales remarquables, et enfin par les connivences et contrepoints qui s’organisent entre les spectacles. Chaque spectacle éclairent et interrogent les autres, et quelques axes forts apparaissent, décrivant singulièrement autant notre monde que le théâtre, ses faits et ses possibles, ses attentes et ses engagements, aujourd’hui. Dans les jours qui viennent, je tenterai de présenter quelques uns de ces axes ; à savoir, l’acteur, la mécanique et l’objet technique, la critique des images, le rapport au politique et à la pensée critique, la transmission et la restitution du passé.

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